L’autonomie des universités vue par la Belgique

mardi 12 février 2008, par Amaury Boucheteil

Alors que la France découvre l’autonomie des universités, l’Université Catholique de Louvain (UCL) la vit depuis presque toujours. Loin des clichés et avec un certain succès.


Un préalable d’abord : le C de UCL qui signifie Catholique ne renvoie pas aux mêmes réalités que les fameuses « cathos » en France. En Belgique (comme dans la plupart des pays européens) la laïcité se vit différemment. Si la foi catholique existe bel et bien, elle n’est imposée à personne et le prosélytisme est absent des enseignements. C’est d’ailleurs là que préfèrent souvent venir des étudiants de confession musulmane ou juive.

C’est pourtant dans la tradition catholique que s’est forgé le destin singulier de cette université belge. Fondée en 1420 (c’est l’une des plus anciennes universités en Europe), elle a traversé les siècles dans une tradition d’excellence devenant rapidement l’un des lieux d’enseignement les plus réputés d’Europe. Elle a pourtant connu les soubresauts de l’histoire puisque dans les années 1960 son enseignement en Français sur un territoire flamand a commencé à poser problème. C’est donc à la hâte que l’on a créé une ville nouvelle en Wallonie appelée … Louvain la Neuve.

Une péripétie salvatrice

Forte de la tradition héritée de siècles d’enseignements, l’UCL a pu repartir sans trop de dommage dans ses nouveaux murs. Elle profitera de ce transfert pour innover et inventer à la fois une nouvelle façon de vivre sa vie étudiante, tout en préservant l’excellence de ses études. La ville vierge qu’est Louvain la Neuve, et qui lui est entièrement dévolue, doit être un laboratoire. Là-bas, l’université et la ville presque totalement piétonne se confondent : pour dire, les amphithéâtres (auditoires en « belge ») sont indiqués dans la rue ! Un urbanisme nouveau qui laisse aux étudiants la place pour faire la fête (les guindailles comme on dit) et pour travailler. Mais il faut aussi devenir une terre fertile pour les entreprises. De fait de nombreuses compagnies s’installent à proximité. Il en est de même pour la culture puisque l’atelier Jean Villard s’y installe très tôt bientôt rejoint en cela par la très attendue fondation Hergé.

Un réseau associatif conséquent

Mais l’université a aussi très tôt voulu s’extirper du modèle français : des universités trop étatiques et trop politisées au goût des Belges. Si les étudiants ont voix au chapitre, c’est sur les questions intéressant l’université et uniquement sur celle-ci. Pas question que les syndicats étudiants s’immiscent sur des questions politiques. Un choix assumé et défendu bec et ongle. Pourtant, la réflexion politique est présente puisque l’UCL foisonne d’associations multiples ayant des projets plus au moins ambitieux : des débats sont organisés avec des personnalités émérites, des réunions entre étudiants… Des questions souvent tournées vers l’international d’ailleurs, tant l’université a pour vocation de s’ouvrir sur le monde. Le réseau associatif est du reste fort bien pourvu en matière de culture, de sport, de politique… En fait, chaque étudiant fait en général partie au moins d’une association. L’université favorise et soutient financièrement ces projets dans la majorité des cas.

Un modèle nouveau

L’UCL s’est aussi distinguée du modèle français en acceptant l’aide des entreprises dans les facultés. Ces dons ont permis à l’université de se doter de beaucoup d’infrastructures. Ils ont aussi encouragé la création d’un maillage précieux visant à une parfaite intégration des étudiants dans le monde professionnel, en organisant sans cesse des forums de rencontre par exemple… Mieux, elle a réussi cette transition sans jamais y vendre son âme. L’étudiant reste au centre du projet académique et l’entreprise n’est qu’un support. Pour preuve, les cours sont dispensés dans les salles de taille réduite en général (de 20 à 300 places maximum) là où certains amphithéâtres français peuvent atteindre les 2000 places ! Les bibliothèques sont souvent conséquentes et les étudiants plébiscitent leur université.

Meilleure université francophone !

Pourtant, l’UCL est bien loin du modèle anglo-saxon tant redouté en France : l’université reste largement subventionnée par l’Etat et surtout les gouvernements régionaux (la communauté « Française » mais il faut comprendre de langue française), le financement privé restant assez marginal. La sélection à l’entrée n’est pas féroce mais les examens dispensés sont souvent d’un niveau très élevé (la ville est très studieuse pendant les périodes de révision appelées « blocus »). Les droits d’inscription sont, certes, plus élevés qu’en France, (un peu moins de 1000 euros par an) mais sont incomparablement plus bas qu’en Angleterre ou aux Etats-Unis. Oui mais, si elle est loin du modèle anglo-saxon, elle est donc aussi bien loin du modèle français puisque les infrastructures sont de qualité, l’esprit universitaire et la fierté d’appartenir à une communauté y sont entretenus. En fait, l’UCL se trouve à mi-chemin entre les grandes écoles privées type HEC ou Centrale et les universités. Un positionnement qui lui a permis d’être élue plusieurs fois meilleure université francophone devant Genève, Montréal ou Sciences Po (un camouflet dont on parle peu en France) et dans les 10 ou 20 premières universités européennes (c’est à dire loin devant les Français). Les étudiants français ne s’y trompent pas et viennent régulièrement étudier en Belgique.

Pour autant est-ce la recette miracle ? Difficile à dire tant la concurrence entre universités se développe. Les mastodontes américains et désormais Chinois ont des moyens incomparables et, sans un financement plus conséquent, l’UCL ne parviendra pas à résister. Mais quand on est là depuis 1420, on en a vu d’autres…





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