L’éducation, l’éternelle pomme de discorde
24 janvier 2012 à 10:31
Présidentielle - A moins de cent jours des élections présidentielles, l’heure est aux programmes et aux idées des candidats, même si certains courent encore après leurs 500 signatures. Tour d’horizon des propositions en matière d’éducation.
En 2010, la France ne pointait qu’à la 21e place du classement Pisa (programme international pour le suivi des élèves) publié par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), soit deux crans derrière l’Allemagne. Le système éducatif français est-il moins performant que celui de ses voisins européens? Toujours est-il que l’éducation, plus gros budget de l’Etat, fait régulièrement l’objet de débats et les candidats aux élections présidentielles ont généralement chacun leur mot à dire sur le sujet.
La situation des enseignants au cœur du débat
14 000 suppressions de postes. C’est ce qui est prévu pour la rentrée de septembre 2012 au niveau national. Mais, à gauche principalement, on voit les choses autrement. François Hollande, victorieux des primaires socialistes et présenté comme favori à la présidence, promet l’embauche de 60 000 professeurs sur un plan pluriannuel de 5 ans. Ces enseignants bénéficieront d’un nouveau contrat basé sur un socle commun de connaissance et une refonte des conditions de travail.
Eva Joly elle, candidate d’Europe Ecologie Les Verts, n’a pas encore finalisé son programme mais entend bien recruter de nouveaux professeurs. Pour le candidat favori du centre, François Bayrou, habitué de la course à la présidentielle et ancien ministre de l’éducation Nationale de 1993 à 1997, il lui paraît primordial de remplacer tous les départs en retraite, mais il n’envisage pas de nouveaux recrutements. Selon lui, « il faut redorer le blason de l’éducation nationale française » et il n’admet pas « que la France soit si mal lotie pour ce domaine si important ».
Certains candidats de gauche vont même plus loin dans ce débat. Le tant charismatique leader du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon réclame la fin des suppressions de postes et demande que l’Education nationale s’engage sur un plan de recrutement. Philippe Poutou lui, successeur discret d’Olivier Besancenot à la tête du Nouveau Parti Anticapitaliste, souhaite annuler toutes les réformes de l’éducation depuis 2005 et rétablir l’intégralité des postes supprimés depuis 5 ans.
Mais la question du recrutement des professeurs n’est pas uniquement à gauche. L’extrême droite incarnée par Marine Le Pen réclame aussi le remplacement des enseignants partant à la retraite. Nicolas Sarkozy lui, ne parle pas de recrutements supplémentaires mais d’une revalorisation du salaire de l’enseignant. Il demande également que ce dernier soit plus présent au sein de l’établissement où il travaille, afin d’établir des programmes de tutorat pour les élèves en difficulté. Le président, qui avec son gouvernement a supprimé l’année de stage pour les nouveaux enseignants, affirme vouloir renforcer la formation pédagogique des professeurs, notamment en début de carrière.
Cette question fait chaque année des vagues en politique, mais aussi au sein des comités de parents d’élèves qui parlent de « classes surchargées ». Les syndicats, comme le Snes (Syndicat National des Enseignants du second degré), ont à ce propos lancé un appel à la grève le 31 janvier prochain.
Un rythme scolaire toujours discuté
Si le recrutement des professeurs fait parler, il n’en est pas autrement en ce qui concerne le rythme scolaire infligé aux élèves. C’est un débat abordé depuis des années dans les campagnes présidentielles, sans grande évolution finale. Le président actuel, Nicolas Sarkozy, propose une réduction du nombre d’heures quotidiennes pour les élèves. Mais en contrepartie, il demande d’amputer les vacances estivales de deux semaines.
C’est une solution pour la droite, mais à gauche on propose tout autre chose. Philippe Poutou privilégie l’idée d’enseignement le matin et d’activité extra-scolaire l’après-midi. Il n’est pas le seul à proposer cette alternative, puisque le centriste de droite quelque peu oublié, Hervé Morin, prône aussi ce projet en y incluant un soutien individuel pour les élèves qui en auraient le besoin.
Pour d’autres candidats, si le rythme doit changer ce n’est pas en nombre d’heures totales, mais en nombres d’heures consacrées aux valeurs historiques et françaises de la nation. Tout le monde l’aura compris, c’est une idée conservatrice de droite proposée à la fois par Christine Boutin, leader du Parti Chrétien Démocrate, et par le Front National. Marine Le Pen réclame une augmentation des heures consacrées à l’étude du français et du calcul, mais aussi de l’histoire de France. Elle souhaite même rendre obligatoire les cours de français aux parents d’élèves qui ne maîtrisent pas correctement cette langue.
Vers une revalorisation de l’apprentissage
Parmi les sujets de préoccupation en matière d’éducation, la revalorisation de l’apprentissage et du travail manuel, et ce dès l’âge de 14 ans. Même si François Hollande l’aborde quelque peu dans son programme en proposant une aide dans l’insertion professionnelle des jeunes des quartiers populaires, cet argument est plutôt visible à droite.
Marine Le Pen, encore une fois, réclame cette revalorisation mais aussi celle de l’école primaire. Elle souhaite la fin du collège unique qui ne tire selon elle que « les bons vers le bas », et demande la réinstauration de l’apprentissage à 14 ans. Hervé Morin va dans le même sens et demande la favorisation du préapprentissage à 14 ans.
L’UMP fait de cette revalorisation de l’apprentissage l’une des lignes conductrices de son programme. Il propose un accompagnement individuel de l’élève pour l’aider à trouver au mieux sa voie et demande l’instauration de classe « métiers-études » dès la quatrième, afin de faire découvrir aux jeunes des métiers manuels pour une meilleure maîtrise de leur orientation.
La politique d’éducation est au cœur de la campagne présidentielle. Reste à savoir comment les candidats comptent financer les mesures qu’ils avancent pour améliorer le système éducatif de la France.
Jennifer Chainay
Photo : Wikimedia Commons
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