Costa-Concordia : le calme avant la tempête ?
22 janvier 2012 à 11:42
Naufrage - Alors que les premières estimations économiques du désastreux naufrage du Costa Concordia commencent à émerger, les secours sont à pied d’œuvre afin d’éviter une catastrophe écologique autour de l’île de Giglio.
Cette semaine a été celle des déclarations. Déclarations de celui qu’on appelle désormais « l’homme le plus détesté de toute l’Italie », Francesco Schettino, le tant décrié capitaine qui selon les dires de certains passagers auraient « lâchement » abandonné le navire, alors que les habitants de son village d’origine demandent la fin du lynchage médiatique. Déclarations des dirigeants de la société Costa, comme celle de Pierre Luigi Foschi, PDG de la compagnie, qui a souligné au cours des innombrables interviews la responsabilité totale du capitaine.
Déclarations des familles enfin sur les conditions d’évacuations « apocalyptiques », ainsi que sur le nombre de morts, 11 corps découverts, et de disparus, 28 au total.
Ce naufrage prend les allures d’un feuilleton morbide où chaque élément nouveau vient nourrir ce scénario dramatique. Le prochain épisode portera certainement sur les conséquences économiques pour le numéro un mondial de la croisière et sur l’avenir écologique de l’île de Giglio.
La société Costa navigue en eaux troubles
C’est la société Carnival, maison mère de Costa Croisière, qui a la première estimé l’impact du naufrage : entre 85 et 95 millions de dollars. Et pourtant il ne s’agit là que du manque à gagner, autrement dit les profits qui auraient été réalisés si le cargo avait continué sa route sans flirter avec les récifs. La société n’était en effet pas assurer sur la perte des recettes mais elle l’est en revanche sur le bateau lui-même.
Ce sont donc les assurances qui vont devoir faire face à la tempête. Les coûts ont été estimés par le quotidien Lloyd’s List à au moins 600 millions de dollars. Malgré le nombre de compagnies d’assurance qui se partagent cette somme colossale, le marché risque d’être sacrément chahuté. Réaction en chaîne oblige, on peut attendre une hausse des primes d’assurance maritime dont le marché des croisières pâtira aussi très certainement. Mais au fur et à mesure que le bilan du nombre de morts s’alourdit, la question de l’indemnisation des passagers fait débat. Costa Croisière avait bien fait les choses et là aussi l’assurance devrait jouer. Mais pas en totalité.
Le groupe était couvert pour les dommages et intérêts aux tiers avec une franchise de 10 millions de dollars. Cependant on ne sait quelles seront les requêtes des passagers et des familles des victimes. Pour ces dernières, les indemnités pourraient s’élever jusqu’à 500 000 dollars. La société Costa, dont les actions chutaient sévèrement en début de semaine (moins 23%) est aujourd’hui dépendante des conditions météorologiques.
Le risque d’une catastrophe écologique
Ce ne sont désormais qu’un banc de sable et des rochers qui soutiennent l’immense cargo de 114 500 tonnes aux abords de l’île de Giglio. Un mastodonte contenant 2 300 tonnes de carburant qui risquent de se transformer en véritable marée noire.
Depuis le début du naufrage l’extraction du fuel est empêchée par la recherche prioritaire des disparus et surtout par les mouvements du bateau.
En cas de mauvaises conditions climatiques il pourrait glisser de 50 à 90 mètres de son emplacement actuel. La chute risquerait d’endommager gravement le navire et le carburant pourrait s’échapper, entraînant une catastrophe écologique. Une simple fuite serait irrémédiable pour la faune et la flore, mais aussi pour les coraux qui font des alentours de l’île une réserve maritime reconnue. C’est dans cette optique que le conseil des ministres italiens a décrété l’état de « catastrophe naturelle », vendredi 20 janvier, dans la zone touchée.
Quoi qu’il en soit, pour la compagnie Costa, le pire scénario serait de devoir financer les opérations de démantèlement du bateau et celles de nettoyage dans le cas où les entrailles du navire s’ouvriraient en déversant une pollution massive.
Thomas Arrighi
Photo: Flickr
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