Hollande doit-il tuer le père ?
19 janvier 2012 à 18:13
Succession – La comparaison avec François Mitterrand est-t-elle un atout pour François Hollande, ou au contraire, un poids de plus dans cette campagne ? Chronique d’un héritage plus ou moins désiré.
Effet de communication ou mimétisme inconscient, le candidat Hollande emprunte bien la gestuelle de François Mitterrand. Il adopte la même posture, la même façon de s’appuyer sur son pupitre , ou de lever les bras, paumes dressées, pendant ses discours. Mais aussi une intonation, un phrasé saccadé semblables à ceux du François Mitterrand d’avant la présidence. François Hollande veut donc incarner l’héritier du seul président de gauche de la Ve République.
Il faut dire que les deux hommes ont plusieurs points communs. Ils ont connu une longue traversée du désert et bien des difficultés avant de s’imposer comme leaders du Parti socialiste ( SFIO jusqu’en 1969). François Mitterrand, après deux défaites aux élections présidentielles de 1965 puis 1974, a peiné à rétablir la confiance dans sa candidature au sein de son parti, tandis que François Hollande a renoncé à sa candidature en 2006, face à une Ségolène Royal qui montait dans les sondages. Deux itinéraires d’hommes qui ont connu des débuts de campagne difficiles et ont su reconquérir leur parti.
Sur les pas de Mitterrand
La symbolique des lieux est aussi importante : le premier meeting de campagne de l’ex-premier secrétaire du PS a eu lieu au théâtre de Clichy-la-Garenne, où François Mitterrand avait prononcé un discours quelques jours avant sa victoire en 1981. Peu après, continuant son pélerinage sur les traces du maître, il a tenu à visiter l’usine Snecma du Creusot, inaugurée en 1987 par le président Mitterrand.
François Hollande cherche aussi à faire sienne l’histoire du « sphinx », comme il l’a rapporté à l’Express en avril 2011 : « Il n’était pas le favori, y compris dans son camp. Il s’était préparé, avait fait des efforts personnels, physiques, psychologiques. Il a été capable de s’inscrire dans le rêve français ». À l’occasion du 16è anniversaire de la mort de François Mitterrand, se recueillant sur sa tombe à Jarnac, le président du Conseil Général de Corrèze a déclaré : « le rôle qui est le mien, c’est de donner vie aux idées qui ont pu être portées par François Mitterrand ».
Un héritage lourd à porter
Pâle souvenir des 110 propositions pour la France de la campagne de Mitterrand en 1981, François Hollande annonce à ce jour un projet socialiste en 30 propositions. Le programme est pour l’instant moins fourni, le « changer la vie » de l’homme de Jarnac a disparu et s’est métamorphosé en « le changement, c’est maintenant« . Depuis que François Mitterrand a quitté l’Élysée, 17 ans se sont écoulés, créant autant de différences entre les conjonctures actuelles et celles d’hier. Les enjeux ne sont plus les mêmes, le contexte économique et social a été bouleversé, le candidat ne peut pas imiter le président sans qu’il y ait méprise.
Tout n’est pas rose dans la mémoire mitterrandienne, et la figure tutélaire de la gauche pourrait nuire à François Hollande. La République de Mitterrand était loin d’être irréprochable, et le candidat qui veut être « le président de la justice » a tout intérêt à mettre de côté la part d’ombre de son modèle.
À trop reprendre les symboles mitterrandiens, François Hollande qui nourrit cette filiation pourrait rester dans l’ombre écrasante de l’ancien président. Il doit donc construire sa propre histoire, loin des mânes de François Mitterrand, le risque étant de devenir lui aussi, mais d’une manière différente, ce que Valéry Giscard d’Estaing nommait en 1974 « un homme du passé« .
Daphné Cagnard
Photo: Flickr/ Licence CC
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