Journaliste: une profession à risque
18 janvier 2012 à 13:14
Danger - Le 12 janvier dernier, Gilles Jacquier, grand reporter pour France Télévisions et père de famille, a été tué à Homs en Syrie lors de l’explosion d’un obus. L’événement relance le débat sur la sécurité des journalistes qui perdent la vie dans le cadre de leur travail.
A l’annonce de la mort de Gilles Jacquier, c’est toute une profession qui est touchée. Les journalistes. Qu’on se le dise ou non, c’est un métier à risque, mais quand la soif de l’information l’emporte on ne peut lutter. Début janvier, l’Institut international de la presse (IPI) basé à Vienne en Autriche, a délivré son bilan pour l’année 2011. Et ce bilan est lourd, puisque c’est la deuxième année la plus meurtrière après 2009 qui recensait 110 disparus. 103 journalistes ont perdus la vie sur le terrain, et avec 36 morts en Amérique latine, cette région du monde reste la plus dangereuse pour les journalistes l’an passé. Le Mexique, où l’on dénombre 10 journalistes tués, est le pays le plus risqué devant l’Irak.
Le Moyen-Orient a lui aussi été meurtrier pour les chasseurs d’informations. 21 journalistes y ont trouvé la mort mort lors des troubles traversés par le monde arabe. Et c’est d’ailleurs là-bas que le journaliste français Gilles Jacquier est décédé, en Syrie, pays où le président Bachar Al-Assad ne lâche pas prise face aux manifestants. Les conditions de sa mort sont encore floues, mais on n’hésite pas à parler « d’homicide » et de «coup monté » de la part du gouvernement syrien.
Gilles Jacquier n’est malheureusement pas le premier journaliste français à avoir trouvé la mort en reportage. L’histoire du journalisme français a souvent été entachée par de tristes nouvelles de la sorte.
Au cœur de la guerre des gangs
Christian Poveda était en pleine réalisation d’un documentaire sur la guerre des gangs en Amérique Latine. Réalisateur et photoreporter de qualité, il avait déjà été à l’initiative de projets similaires en Amérique du Sud et avait signé d’autres réalisations comme Voyage au bout de la droite en 1998. Il avait couvert le Chili sous la dictature d’Augusto Pinochet, le conflit Iran-Irak ou encore le Liban.
Pour le tournage de La vida Loca, qui l’a plongé au cœur de la guerre des gangs au Salvador, il avait infiltré une mara, une de ces célèbres bandes criminelles qui sévissent dans le pays. Il filmait le quotidien désespéré de ce gang de jeunes salvadoriens. Alors que son reportage touchait à sa fin, Christian Poveda a été abattu de quatre balles dans la tête en septembre 2009. Son corps a été retrouvé près de sa voiture.
L’Afrique meurtrière
L’assassinat est malheureusement une réalité dans le monde du journalisme. Mais certains payent parfois le prix fort pour faire bouger les choses, découvrir des vérités qui dérangent, obtenir et donner l’information. Jean Hélène en a fait les frais en 2003 en Côte-d’Ivoire. Envoyé spécial permanent de RFI, il était passionné par le continent africain. Abattu par un policier ivoirien le 21 octobre à Abidjan d’une balle dans la tête, c’est la France mais aussi l’Afrique qui perd un précieux reporteur. L’assassin de Jean Hélène, le sergent Séri Toulou Dago, a été condamné à 17 ans de prison en décembre 2003. Cette condamnation est un fait rare pour la mort d’un journaliste, car en général les meurtres ne sont jamais élucidés.
La Côte-d’Ivoire a aussi été le théâtre de l’une des disparitions mystérieuses de ces dix dernières années, et qui a refait parler d’elle récemment. Le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, disparu depuis 2004 à Abidjan, était spécialiste dans les matières premières et les affaires économico-financières. Il aurait été enlevé par un commando proche de la présidence ivoirienne, mais aucune autre information n’a été révélée. Il y a quelques jours, un squelette humain a été retrouvé. Après l’expertise de rigueur, il s’avère que ce n’était pas lui. Le voile n’est donc toujours pas levé sur cette histoire.
Une expédition sans retour
Lorsque l’on parle de 2001, on a souvent en tête le 11 septembre. Mais c’est aussi, dans une suite logique, le début du conflit en Afghanistan. Une zone déclarée « à risque », insuffisant néanmoins pour empêcher les journalistes de s’y rendre dans le but d’informer. Dès le 11 novembre 2001, Pierre Billaud, grand reporter à RTL, Johanne Sutton, reporter à RFI, et une journaliste allemande les accompagnant tombent dans une embuscade. Ils ont été les premiers journalistes victimes de cette guerre et des talibans. En simple mission de repérage du terrain, le convoi est tombé dans un véritable guet-apens. Tous deux jeunes reporters aguerris, ils avaient déjà couvert de nombreux conflits aux quatre coins de la planète.
Autant de journalistes qui ont perdu la vie en exerçant leur métier. Même si la prudence est de mise, beaucoup continuent à partir dans des zones « à risque », au péril de leur vie, dans le simple but d’informer les autres.
Jennifer Chainay
Photo: Flickr/Licence CC




