Quel avenir pour l’Irak sans les Etats-Unis ?
16 janvier 2012 à 23:58
Instabilité – Le dimanche 18 décembre, les derniers camions quittaient l’Irak en direction d’un port du Koweït, où les attendait une armada de bâtiments militaires américains. Les derniers soldats ont quitté l’Irak, sans fanfaronner. Il est désormais temps de voir l’évolution politique du pays. Entre conflits religieux et luttes intestinales pour le pouvoir, aucune stabilité ne peut être garantie.
En mars 2003, c’est une pluie de missiles qui s’est abattue sur Bagdad. Déclenchée sur fonds d’allégations de liens avec Al-Qaïda et de détention d’armes de destruction massive, la guerre a empêtré la coalition dirigée par les Etats-Unis pendant plus de huit ans. De nombreux Etats tels que l’Espagne, l’Italie ou le Royaume-Uni y ont participé.
Fin 2011, à l’heure du bilan, on dénombre 4 500 Américains et environ 110 000 Irakiens tués. Pas moins de 800 milliards de dollars ont aussi été dépensés par les Etats-Unis pour financer cette guerre. C’est politiquement lourd, même dans une Amérique impérialiste où la guerre occupe une place particulière dans les esprits.
Un retrait à vocation électorale ?
Le président Obama sauve officiellement la face, flattant la démocratie et les mérites de la lutte anti-terroriste, bien que le bilan soit globalement négatif. « Nous laissons derrière nous un Etat souverain, stable, autosuffisant, avec un gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple. Nous bâtissons un nouveau partenariat entre nos pays », a-t-il affirmé lors d’un discours à la base de Fort Bragg, en Caroline-du-Nord.
Il a ainsi achevé l’une de ses promesses électorales avant le lancement des primaires républicaines dans l’Iowa. Il faut dire qu’il n’a jamais soutenu l’engagement en Irak qu’il a hérité de son prédécesseur. Un lourd fardeau qui ne pèsera plus sur sa campagne, contrairement à sa promesse de fermer la prison de Guantanamo Bay.
Le jour du retrait, le candidat républicain Mitt Romney estimait dans un entretien accordé à Fox News qu’Obama « a retiré [les] troupes de manière précipitée, […] nous aurions dû laisser 10, 20, 30 000 hommes là bas pour aider à la transition ».
Il critiquait en réalité l’absence d’accord avec le gouvernement irakien garantissant l’immunité à ce qui aurait dû être un contingent de formation de l’armée et de la police irakienne. Toutes les troupes ont finalement quitté le territoire et les Irakiens se retrouvent seuls.
L’Irak seul face à une crise politique majeure
Proposé par le chef de la CIA, le général David Pétraeus, le contingent de formation a été refusé par Nuri Al-Maliki, le premier ministre irakien, sur les conseils d’un politicien chiite proche de l’Iran, Mouqtada Al-Sadr. Sans aucune présence au sol, l’influence américaine dans le pays est devenue quasi-nulle.
S’affrontent aujourd’hui l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Turquie pour peser sur la politique irakienne. L’insécurité règne toujours, faisant fuir les investisseurs potentiels. La question est désormais de savoir qui mettra la main sur les 8,5% des réserves mondiales de pétrole que contient le pays.
Outre la menace ambiante d’Al-Qaïda, ce sont les divisions entre chiites (60% de la population) et sunnites (20%) qui inquiètent. Le président M. Maliki est chiite mais les sunnites, au pouvoir avec Saddam Hussein et son parti Baas, supportent mal leur condition de minorité.
Les chiites sont naturellement soutenus par l’Iran comme les sunnites par l’Arabie-Saoudite. Les Kurdes (20% de la population irakienne), profitent du peu de liberté dont ils jouissent enfin mais craignent l’ostracisme. Les dirigeants politiques quant à eux ne sont pas enclins à dépasser les revendications identitaires pour faire prévaloir l’intérêt de la nation.
Mathieu PIEROTTI.
Photo: Flickr/ Licence CC




