7 milliards d’habitants: comment stabiliser la population mondiale?

Thomas Chenel 31 octobre 2011 à 17:32

Démographie- Le nombre d’êtres humains sur Terre a atteint aujourd’hui les sept milliards, selon les estimations de l’ONU. Jamais nous n’avons été aussi nombreux. Ce nouveau cap franchi sonne peut-être l’heure de la prise de conscience: entre épuisement des ressources naturelles, dérèglements climatiques et perte de la biodiversité, la surpopulation a un impact considérable sur la planète. Rencontre avec Denis Garnier, président de l’association Démographie Responsable, qui place la démographie au coeur du combat écologique pour la préservation de l’environnement.

Pour quelle(s) raison(s) votre association a-t-elle été créée ?

Elle a été fondée il y a un peu plus de deux ans dans le but de sensibiliser le public français et l’opinion publique francophone sur le thème de la démographie. Il faut reconnaître qu’en France on est très très en retard sur le sujet par rapport aux pays anglo-saxons. Il y a une espèce de rejet de tout ce qui concerne la démographie. Nous nous faisons traiter de malthusien ou de néo-malthusien. Et même au niveau des écologistes, qui devraient être les plus au courant de la situation, le problème de la démographie n’est pas abordé, ils ne veulent pas en entendre parler.

Le pression démographique est l’une des causes de la dégradation actuelle et surtout future de la planète. Le problème est que de nombreuses personnes n’ont aujourd’hui pas conscience de ça. Ils ne savent pas que cela a une influence sur l’environnement.

Peut-on réellement affirmer que la population mondiale a atteint les sept milliards d’habitants ?

« Nous ne pouvons pas vraiment mesurer, c’est assez artificiel. Il y a une fourchette entre 6,9 milliards et 7,1 milliards, on est dedans. Après on a décidé que c’était ce lundi le passage à sept milliards. Il faut de toute façon une date symbolique pour marquer les esprits. Mais de toute évidence ce n’est pas à l’unité près, et peut-être même pas au million près. »

Tous les pays possèdent-ils des techniques de recensement fiables?

Oui, on peut considérer maintenant, en 2011, qu’il existe vraiment des recensements qui tiennent la route à peu près sur toute la planète. Ce qui n’était pas le cas lors des précédents recensements. En 1960 par exemple, la population mondiale comptait trois milliards d’habitants, mais cette évaluation manquait de fiabilité. Ceci dit plus on avance, plus on a de certitudes dans les recensements. Déjà le passage aux six milliards d’habitants en 1999 relevait d’un calcul tout à fait fiable.

Comment souhaitez-vous que la situation démographique évolue ?

En France, tous les ans, il y a 350 000 personnes de plus. Nous voudrions essayer de stabiliser la population. Notre pays n’est pas encore surpeuplé mais tout le monde doit faire un effort. Même si la France représente moins de 1% de la population mondiale, il faut essayer de stabiliser la population mondiale, et faire des efforts à tous les niveaux, dans chaque pays.

Nous souhaiterions que les pays en pleine explosion, essentiellement l’Afrique Subsaharienne et une partie de l’Asie (le Pakistan, l’Indonésie…) stabilisent leur taux de natalité. Le Niger par exemple est encore à sept enfants par femme en moyenne, ce qui veut dire qu’il y a des femmes qui en ont plus de dix.

Nous avons lancé une pétition sur internet, à l’adresse du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, dans laquelle nous demandons aux Nations Unies d’inscrire le thème de la démographie dans les urgences, au même titre que le réchauffement climatique. Il s’agit de lever le tabou, qu’on dise qu’il y a un problème et que l’on se donne les moyens, financiers et éventuellement politiques, pour faire face.

Comment procédez-vous concrètement pour tenter de stabiliser la population mondiale?

Tout d’abord, cela passe par l’éducation des jeunes filles, très en retard sur celle des garçons. Puis la planification familiale, avec l’espacement des naissances, l’accès à la contraception et la gratuité de cette contraception. La contraception est souvent trop coûteuse. Nous avons des exemples de femmes au Cameroun qui l’ont arrêtée pour cette raison et qui ont ensuite été contraintes d’avorter dans de très mauvaises conditions.

Il faut une réorganisation des systèmes de retraite. L’absence de retraite est souvent un argument pour continuer à faire autant d’enfants dans les pays africains. Il y a des systèmes de solidarité à mettre en place, inter-villageois et pas seulement intergénérationnels. C’est sans doute assez compliqué, mais c’est plus adapté que d’implanter des caisses de retraites dans les villages subsahariens.

Enfin, nous effectuons des campagnes de sensibilisation, qui passe en France par la télévision, les clips, l’affichage. Cela s’est déjà fait en Amérique latine et a d’ailleurs aidé à la baisse de la natalité dans cette région.

Quelles mesures proposez-vous en France ?

Nous demandons la suppression des allocations familiales au-delà de deux enfants. Dans notre pays, à partir de deux enfants on touche une allocation, trois enfants la famille bénéficie d’encore plus, et cela va croissant. Nous voudrions que l’on arrête à deux, et même éventuellement qu’on récupère et transfère l’argent des allocations prévu à partir du troisième enfant pour le verser aux familles dès le premier enfant. Donc nous ne sommes pas non plus pour le « no kids ».

Nous arrêterions les allocations de façon non rétroactive pour ne pas mettre les familles déjà nombreuses dans la difficulté. Et nous laisserions courir un an avant l’application de la mesure pour les femmes déjà enceintes. Nous comptons sur la sagesse des uns et des autres pour essayer de ne pas dépasser ce nombre restreint de deux enfants. Après si les gens veulent absolument avoir des enfants, ils assument, même si avec la suppression des aides il est vrai que c’est plus facile pour les riches que pour les pauvres.

Nous savons qu’il va être très dur de se faire entendre, surtout chez nous (en France, ndlr) d’ailleurs. Nous ne nous faisons pas d’illusions. Après chaque famille doit prendre conscience et décider d’elle-même de s’autolimiter ou pas.

Quand des hommes politiques déclarent qu’il faut faire plus d’enfants pour financer les retraites, que ressentez-vous ?

Cela me fait bondir. On est au XXIe siècle, si nous sommes toujours obligés d’ accroître la population, nous allons nous arrêter où. C’est une histoire sans fin. Il y a bien un moment donné où il va falloir trouver un équilibre avec une population, et s’organiser de telle façon que les personnes âgées et les retraités aient de quoi subvenir à leurs besoins sans pour autant être obligé de faire croître la population en permanence. Il faut avoir à l’esprit que si les jeunes sont bien les cotisants de demain, ils sont aussi les retraités d’après demain.

La planète a une surface limitée et surtout des énergies limitées. Nous les avons déjà consommées en grande partie depuis le XIXe siècle et la révolution industrielle. On ne va pas pouvoir continuer comme ça.

Propos recueillis par Thomas Chenel

Photo: Denis Garnier, T.C.

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4 commentaires
  1. René Varenge dit :

    Bonjour,
    En effet, la démographie devient préoccupante, une prise de conscience mondiale devient nécessaire mais pour cela il faudrait que les dirigeants de chaque pays aient le courage d’aborder le problème.

  2. La planète a une surface limitée dit monsieur Garnier, dés lors tout est dit ! Nous ne pouvons croître indéfiniment. La sagesse impose des effectifs plus modestes. C’est le problème principal de l’humanité. La maîtrise de notre démographie est un préalable à toutes nos autres démarches, sans cela tous nos efforts seront réduits à néant. La question est incontournable.

  3. terrienne01 dit :

    c’est mathématique : on ne peut pas se reproduire à l’INFINI dans un espace FINI.
    il est tout-à-fait étonnant que ce soit si difficile à comprendre pour un certain nombre.

  4. maroc dit :

    7 milliards d’habitants: comment stabiliser la population mondiale?

    On doit aller vivre sur la planète mars.

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